Dans la plupart des entreprises, personne ne sait précisément combien d'identités non humaines circulent dans le système d'information : comptes de service, clés d'API, jetons OAuth, et désormais agents IA capables d'agir seuls. La question n'est plus si ces identités existent, mais qui en est responsable.
Les agents IA ne se contentent pas de répondre à des questions : ils appellent des API, ouvrent des fichiers, déclenchent des workflows et créent au passage de nouvelles identités techniques. Chaque agent Copilot Studio déployé, chaque connecteur activé, chaque automatisation Power Automate ajoute une identité de plus à un parc que peu d'organisations savent encore compter.
En bref : que sont les identités non humaines (NHI) ?Une identité non humaine est tout identifiant, jeton ou secret qui permet à un logiciel, un service ou un agent IA de s'authentifier sans intervention humaine directe. Comptes de service, clés d'API, certificats de charge de travail et identités d'agents en font partie. Avec la montée des agents autonomes, ce parc croît plus vite que les processus de gouvernance qui devraient le suivre.
82:1identités machines pour une identité humaine, selon le baromètre CyberArk 2026
40 %des applications d'entreprise intégreront un agent IA spécialisé d'ici fin 2026, contre moins de 5 % en 2025, selon Gartner
68 %des incidents de sécurité impliquent désormais une identité machine
Pourquoi les identités non humaines échappent au contrôle
Le sujet n'est pas nouveau : comptes de service et clés d'API existent depuis toujours. Ce qui change, c'est le rythme. Un agent IA autonome ne se limite pas à un périmètre fixe comme un compte de service classique : il décide, au moment de l'exécution, quel outil appeler, quelle donnée consulter et quelle action déclencher. Il peut aussi créer des sous-agents, chacun avec ses propres accès.
Ce constat rejoint une réalité déjà documentée pour l'IA d'usage individuel : la vitesse d'adoption dépasse souvent celle de la gouvernance (voir notre article sur le Shadow AI en entreprise). Avec les agents, le même phénomène touche désormais la couche identité, pas seulement les usages.
Agents IA : une nouvelle catégorie d'identité, pas un simple compte de service
Un compte de service classique a un périmètre fixe, défini une fois pour toutes. Un agent IA, lui, agit de façon dynamique : il peut escalader ses privilèges, enchaîner des actions sur plusieurs systèmes, ou solliciter des identités supplémentaires à la volée. C'est cette différence de comportement qui rend les modèles de gouvernance conçus pour les identités humaines inadaptés tels quels.
Le Hype Cycle for Digital Identity 2026 de Gartner classe justement les agents IA et les identités de charge de travail parmi les catégories qui progressent le plus vite dans le paysage de l'identité numérique, et Microsoft Security Research anticipe que les entreprises déploieront plus de 1,3 milliard d'agents IA d'ici 2028. À cette échelle, une gouvernance manuelle, agent par agent, n'est plus tenable.
Ce que propose l'écosystème Microsoft 365
Traiter chaque agent comme une identité à part entière, avec un propriétaire et un cycle de vie.
Depuis mai 2026, Copilot Studio crée automatiquement un Microsoft Entra Agent ID pour chaque nouvel agent, plutôt qu'une simple inscription d'application Azure. Concrètement, cela permet aux administrateurs Entra et Microsoft 365 de voir, sans quitter leur console habituelle, quels connecteurs un agent peut appeler, d'appliquer des politiques d'accès conditionnel spécifiques aux agents, et de conserver un historique d'audit complet de leur activité de connexion.
Microsoft étend cette logique avec de nouveaux plans de service Entra dédiés à l'accès conditionnel et à la protection des identités pour les agents, intégrés à Microsoft 365 E7 et à Microsoft Agent 365. L'idée centrale reste la même que pour les identités humaines, appliquée à une nouvelle catégorie : chaque agent doit avoir un propriétaire nommé, un périmètre défini et un cycle de vie géré, exactement comme le préconisent les cadres de sécurité Zero Trust déjà appliqués aux collaborateurs (voir notre approche de la gouvernance des données et des accès dans Microsoft 365 Copilot).
Périmètre fixe, défini à la création, rarement revu
Comptes orphelins, secrets jamais renouvelés
Identité d'agent IA
Périmètre dynamique, décisions prises à l'exécution, peut créer des sous-agents
Escalade de privilèges silencieuse, aucun propriétaire clair
Plan en cinq étapes pour gouverner vos identités non humaines
Faire l'inventaire. Recensez comptes de service, clés d'API et agents IA existants, y compris ceux créés hors du périmètre officiel (Copilot Studio, Power Automate, scripts internes).
Assigner un propriétaire à chaque identité. Une identité sans propriétaire nommé est une identité orpheline. C'est le principe le plus simple à appliquer, et le plus souvent négligé.
Basculer vers des identités gouvernées. Migrez les agents Copilot Studio existants vers Microsoft Entra Agent ID plutôt que de laisser des inscriptions d'application isolées, et activez l'audit dans Entra ID.
Appliquer le moindre privilège et l'accès conditionnel. Limitez chaque agent aux connecteurs strictement nécessaires, et ciblez ses accès avec des politiques d'accès conditionnel (localisation, conformité de l'appareil, niveau de risque).
Revoir régulièrement. Intégrez les identités non humaines dans vos revues d'accès périodiques : une identité encore active mais inutilisée depuis des mois est un signal à traiter.
Les garde-fous
Qui possède l'identité ? Chaque agent, chaque compte de service doit avoir un responsable humain nommé, capable de justifier son existence.
Qui audite les accès ? Les permissions héritées ou accumulées au fil du temps doivent être revues, pas seulement accordées une fois puis oubliées.
Qui reste responsable en cas d'incident ? Une action déclenchée par un agent engage l'entreprise comme s'il s'agissait d'un collaborateur. Pour les données personnelles, la conformité à la loi 09-08 et aux exigences de la CNDP reste applicable, agent ou pas.
Comment mesurer votre maturité
Indicateur
Ce qu'il révèle
Part des identités non humaines avec propriétaire nommé
Le niveau réel de responsabilisation
Nombre d'identités orphelines détectées
La qualité de l'inventaire
Délai moyen de révocation après fin d'usage
La réactivité de la gouvernance
Part des agents sous accès conditionnel
Le niveau réel d'application du Zero Trust
Le test inverseSi un audit de sécurité listait demain toutes vos identités non humaines, pourriez-vous nommer un responsable pour chacune ? Si la réponse est non pour une part significative d'entre elles, la gouvernance des agents IA n'est pas encore un sujet réglé, c'est un sujet ouvert.
FAQ : identités non humaines et sécurité des agents IA
Qu'est-ce qu'une identité non humaine (NHI) ?
Tout identifiant, jeton ou secret qui permet à un logiciel, un service ou un agent IA de s'authentifier et d'agir sans qu'un humain ne se connecte directement.
En quoi un agent IA diffère-t-il d'un compte de service classique ?
Un compte de service a un périmètre fixe. Un agent IA décide dynamiquement des outils à appeler et des données à consulter, et peut créer d'autres identités en cours d'exécution.
Microsoft Entra Agent ID remplace-t-il les identités managées Azure ?
Non. Les identités managées restent adaptées aux échanges entre ressources Azure. Entra Agent ID cible spécifiquement les agents IA autonomes, avec un cycle de vie, un propriétaire et un audit dédiés.
Faut-il traiter les agents IA comme des collaborateurs ?
Sur le plan de la gouvernance, oui : propriétaire nommé, accès limité au strict nécessaire, revues régulières. Sur le plan de la responsabilité, une action d'agent engage l'entreprise comme celle d'un collaborateur.
Par où commencer ?
Par un inventaire des identités existantes et l'attribution d'un propriétaire à chacune, avant même d'investir dans un outil dédié.
Conclusion : une identité de plus, une responsabilité de plus
Les identités non humaines ne sont pas un sujet exotique réservé aux équipes sécurité : chaque agent IA déployé pour accélérer un service en crée une nouvelle. La question n'est pas de ralentir l'adoption des agents, mais de les gouverner avec la même rigueur que les comptes des collaborateurs : un propriétaire, un périmètre, un cycle de vie.
Prochaine étape : faites l'inventaire de vos agents et comptes de service actifs cette semaine, et posez-vous une question simple pour chacun : qui en est responsable ?
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Sources : Cloud Security Alliance, « The Non-Human Identity Governance Vacuum » (2026) ; CyberArk, Identity Security Landscape 2026 ; Entro Security, H1 2025 NHI & Secrets Risk Report ; Gartner, Hype Cycle for Digital Identity 2026 ; Microsoft Learn, documentation Microsoft Entra Agent ID.